Offre tourisme culturel - écrit par Claude Origet du Cluzeau, le 24 juin 2008 - 2 commentaires
Quels sont les modes de gestion des sites culturels ?
Les modes de gestion : comment choisir son “modèle”?
Il existe de telles variables pour définir le périmètre et les modes de gestion des sites, des équipements et des évènements culturels que la meilleure aide à la décision nous paraît être de confronter ses propres objectifs à d’autres modèles, qu’ils soient français ou européens. Se référer à l’expertise qui propose une analyse comparative entre les différents modes de gestion en Europe est donc incontournable aujourd’hui avant toute décision. Etudier les effets, les conséquences du choix d’un modèle est donc indispensable et l’on peut faire appel à l’expertise professionnelle, qui dispose de ratios et d’autres éléments qualitatifs pour orienter les critères du choix et les décisions.
Toutefois nous attirons l’attention sur l’établissement public de coopération culturel (EPCC); il s’agit d’un nouveau mode de gestion et peu de comparaisons ont été effectuées depuis 2004, date des premières mises en oeuvres de nouveaux EPCC.
L’établissement public de coopération culturelle
L’EPCC, dernier né des statuts disponibles, issu de l’effort de décentralisation culturelle (2001, puis loi en août 2003) a des avantages certains. On peut, en effet, grâce à l’EPCC, dépasser les limites du territoire administratif stricto-sensu, pour gérer une manifestation qui aurait un thème large (par exemple, entre deux régions, ou plusieurs départements, gérer un événement ou des équipements sur un thème comme la musique Baroque ou le Patrimoine Industriel). On peut aussi faire porter par l’EPCC un ensemble (équipement + événement + autres activités) . Mais la surface de ces thématiques d’un EPCC doit être suffisamment importante, avec une assise financière solide. Pour les très petits projets, ou les initiatives, expérimentations, l’EPPC ne remplace pas l’association 1901.
Le partenariat public privé (PPP) est aussi un nouveau mode de gestion et de co-financements, mais on peut aussi juger que c’est un processus difficile à mettre en œuvre sans compétences particulières, et cela pour des projets petits ou moyens. Le PPP est donc plutôt conseillé, comme l’EPCC, pour des projets d’envergure.
Enfin, observons que les seuls financements publics risquent d’être un peu plus difficiles à mobiliser à l’avenir pour construire un projet d’équipement ou créer un évènement culturel. Tout nouveau modèle de gestion et, plus largement, tout nouveau modèle économique qui l’accompagnera en servant ses objectifs sera intéressant pour le tourisme culturel.
Rapport sur “Modes de Gestion des sites culturels” - Fichier PDF
Quels sont les principaux modes de gestion ?, par Jean-Michel Tobelem et Claude Origet du Cluzeau
- La régie, qui peut être simple (directe), autonome ou personnalisée (appelée établissement public local)
- L’association, qui est une structure de droit privé à but non lucratif
- Les établissements publics (locaux ou nationaux) et les établissements publics de coopération culturelle (conçus pour associer plusieurs collectivités publiques entre elles)
- Quels sont les autres modes de gestion ?
- Les fondations sont encore peu nombreuses en France, mais elles tendent à se développer
- Les sociétés d’économie mixte locales (SEML) permettent de réunir des capitaux publics – majoritaires – et des partenaires privés, dans le cadre de projets ayant une forte dimension de développement touristique
- Les groupements d’intérêt public (GIP) sont destinés à des activités non pérennes
Faut-il privilégier une gestion publique ou privée ?
- Si le site culturel dépend d’une collectivité territoriale (surtout s’il s’agit d’un lieu qui possède des collections), un mode de gestion publique sera privilégié
- S’il trouve son origine dans une initiative privée, la gestion peut relever d’une association ou d’une fondation, tout en restant désintéressée et conforme à l’intérêt général
- Dans certains cas, on peut envisager de passer par un mode de gestion privé (délégation de service public, marché public, partenariat public-privé…).
Quels sont les critères pouvant guider le choix d’un mode de gestion ?
- Le degré de contrôle souhaité par la collectivité publique
- L’existence d’une collection et de problématiques de conservation, ainsi que la présence d’un conservateur du patrimoine
- La taille de l’établissement (qui doit être suffisante pour envisager de constituer un établissement public ou une SEML)
- L’importance des ressources propres (entrées, boutique, restaurant, mécénat, locations…)
- La possibilité de réunir un capital suffisant pour garantir son indépendance, dans le cas d’une fondation
Y a-t-il un mode de gestion idéal ?
Non, quel que soit le mode de gestion, la nature des relations nouées avec l’environnement du site culturel et le dynamisme de ses responsables restent essentiels !
Jean-Michel Tobelem et Claude Origet du Cluzeau
Pour en savoir plus
Les bonnes feuilles ou les bons sites pour se tenir au courant des bonnes pratiques et de la réflexion sur l’évolution des modes de gestion, pour les professionnels du tourisme et de la cutlure :
- La Gazette des Communes (Newsletter sur abonnement)pour se tenir au courant de la vie des projets culturels, et en particulier des analyses sur les différents modes de gestion et leurs résultats.
- Editions de l’Harmattan, ouvrages sur ce thème
- Blog du département 94 sur le développement culturel
- La Documentation Française
- Les guides ODIT France concernant les processus de montage d’un projet qui influencera le mode de gestion retenu et non l’inverse. Pour une première sensibilisation, il peut être utile de consulter l’étude conduite par Jean- Michel Tobelem pour le compte de l’AFIT (devenu ODIT France) en 2002
- Rapport sur “Modes de Gestion des sites culturels” - Fichier PDF
2 commentaires
Calor Alexandra
Philippe Gimet, fondateur du C.E.G.
En prolongement de l’article de tourismeculturel.net proposant un tour d’horizon des modes de gestion des équipements culturels, et pour tenter d’apporter un éclairage au commentaire laissé par Alexandra Calor, il semble important en préalable d’insister sur l’importance du benchmark pour aider les maîtres d’ouvrage à choisir le bon mode de gestion pour leur équipement culturel.
En effet, les pratiques traditionnelles des études de faisabilité et des assistances à maîtrise d’ouvrage ne consacrent pas assez de temps à l’étude des pratiques existantes et/ou en gestion. Avec une grille de critères à plusieurs niveaux, on peut obtenir bien entendu des informations précieuses mais surtout entreprendre très en amont des rapprochements, des échanges et des collaboration avec de futurs partenaires. La logique concurrentielle existe évidemment entre les équipements culturels mais fort heureusement pas de manière aussi directe et agressive que dans d’autres secteurs.
Par ailleurs les équipements culturels ne peuvent plus tourner le dos aux dynamiques partenariales et aux synergies territoriales. C’était un des points fort de l’EPCC lorsque le modèle s’est construit. Comme l’indique fort bien votre article, les données comparatives manquent sur les retours d’expérience en matière d’EPCC. Celui-ci pâtit principalement de deux contraintes, contraintes qui sont liées une à l’autre : la dimension partenariale nécessaire à son montage et la pérennisation de cette dernière pour la survie de l’équipement.
Il est clair en revanche que les modèles de délégation semblent apporter des réponses plus précises et a priori plus performantes aux besoins de court et de moyen terme. Le principe de renouvellement d’une DSP devant garantir par définition la continuité du service public, celui-ci assure de facto la question de la pérennité de l’équipement, si tout le monde respecte cette règle de remise en concurrence.
Si la DSP est un modèle juridique datant du début du XXème siècle, celle-ci fut principalement utilisée en France dans des domaines industriels (transports, des énergies, traitement des déchets, etc.) jusqu’à la fin des années 80 où l’on a vu timidement apparaître de ce mode pour des équipements culturels. En revanche, ce modèle s’est beaucoup développé et adapté en Europe, où la notion de service public est appréhendée différemment (à l’échelle européenne, on parle d’ailleurs de services d’intérêt général, ajoutant ainsi la notion de service au public).
Longtemps frileuses à la DSP dans le domaine culturel (il ne faut pas oublier que la culture est le dernier pré-carré du politique), les maîtrises d’ouvrage françaises évoluent dans un contexte très différent de celui des années 80, où différentes réformes structurelles en tête desquelles figurent la LOLF et la RGPP ont influé fortement sur la gestion de l’Etat et des collectivités. Ainsi, l’opportunité que la DSP constitue aujourd’hui est en phase avec la nécessité de trouver des formes de contractualisation qui s’appuient sur la dimension partenariale.
Il convient malgré tout de rappeler que le choix de la DSP répond à des réalités très précises et qu’en aucun cas elle est la panacée à toutes les situations. Pour tenter de répondre à la question d’Alexandra Calor, il faut se trouver en situation de gestion qui permet la mixité inhérente à la DSP, notamment la présence de plusieurs sources de recettes dans l’activité concernée, ou pour faire court : la présence d’une économie de fonctionnement qui n’est pas uniquement basée sur la subvention.
Par le passé, la DSP a été perçue à tort comme une privatisation. Il convient de rappeler que la responsabilité du service public relève toujours d’un point de vue juridique de la maîtrise d’ouvrage. Parce qu’elle constitue un instrument fort, la DSP fut aussi employée pour mettre un terme à des situations de gestion de fait, gestion de fait que l’on retrouve encore aujourd’hui dans certaines associations para-municipales, mais ce « maquillage » contractuel a fait son temps (la série des contentieux est particulièrement longue) et depuis la jurisprudence d’Aix-en-Provence en 2007, le contexte du recours à la DSP est relativement plus clair, du moins espérons-le.
Les procédures de mise en concurrence pour la création ou le renouvellement d’une DSP sont très denses et obligent quoi qu’il en soit les candidats à fournir un effort conséquent pour démontrer de la faisabilité de leur projet de gestion et d’exploitation. Cet effort permet d’apporter un nouveau souffle aux maîtres d’ouvrage, quelque soit la DSP retenue parmi les quatre types existant.
Il est intéressant de noter aussi que les DSP s’inscrivent dans une dimension partenariale de type PPP, ce qui la plupart du temps dynamise fortement les projets par le haut (si un vrai projet culturel et économique se trouve dans le programme de consultation des candidats).
En tout état de cause, le choix de mettre en place une DSP pour un équipement culturel est le fruit d’un important travail en amont de la part de plusieurs services du maître d’ouvrage et oblige à la coopération entre eux (travail qui nécessite souvent d’être accompagné par un AMO). Généralement, il s’agit de la direction des affaires culturelles et de la direction des finances. Il apparaît que, si le dialogue entre ces services n’est pas toujours évident, cette collaboration est motivée par le même souci de la mission de service public. Elle est plus que nécessaire car on ne peut détacher le point de vue culturel du point de vue financier dans une DSP. C’est un juste équilibre à trouver, quel que soit l’endroit où se situe le point d’équilibre.
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Bonjour,
Cet article semble est très interessant… Toutefois, le thème de la délégation de service n’est pas très dévéloppé.
Selon vous dans quels cas peut-on envisager de passer par un mode de gestion privée tel que la délégation de service public? ( cf paragraphe “Faut-il privilégier une gestion publique ou privée?”).
Je suis actuellement en préparation de mon Mémoire de MASTER 2 Tourisme, mon sujet étant “La délégation de Service public, un mode de gestion impliaqunt un système d’acteurs touristiques complexe”.
Merci d’avance