Mise en tourisme - écrit par Evelyne Lehalle, le 8 février 2008 - 3 commentaires
Tourisme culturel et territoires ruraux : quelles possibilités ?
Le tourisme rural attire des clientèles pour lesquelles un cadre de vie au plus proche de la nature permettra des activités bien distinctes de celles du tourisme urbain ou du tourisme littoral :
- balades, randonnées
- pêche sports de pleine nature
- découverte de la biodiversité
- lecture des paysages
- gastronomie, produits du terroir
- artisanat
La visite culturelle est donc moins attractive dans le cadre du tourisme rural qu’elle ne l’est pour le tourisme urbain, par exemple, pour lequel la motivation d’une visite culturelle concerne 30% des touristes français et étrangers. Elle est souvent un complément d’activité ; mais parmi d’autres « compléments » : la plupart des régions et territoires ruraux, face à cette difficulté, ont engagé d’excellents professionnels et renouvelé le tourisme, voire ont créé une nouvelle clientèle touristique!
Au profil particulier de ces clientèles, on peut ajouter une raréfaction de l’offre culturelle dans les zones rurales : moins de monuments historiques, faible densité d’équipements culturels (spectacles vivants, musique, danse, expositions temporaires) et rareté, sauf pour quelques territoires, des grands évènements. La demande semble, pour finir, dopée par le grand projet de société que représente le développement durable en Europe.
L’innovation, l’insolite pour des clientèles actuelles
L’Internet a assuré à tout point de la terre de pouvoir diffuser et recevoir de l’information. Se faire connâitre est donc moins un handicap qu’il n’y paraît sur une carte.
Mais les territoires ruraux n’ont pas attendus Internet pour recruter de très bons professionnels, ouvrir des Centres d’Art (Vassivière et le Creux de l’Enfer en Limousin; Kerguehennec en Bretagne…) et innover (Politique du spectacle vivant en Lozère; parcours artistiques dans les Alpes de Haute Provence, autour de Draguignan.).
L’hébergement, aussi, a su trouver ses marques en se différenciant, ces dernières années : gîtes renouvelés, ou nouvelles formes de camping, de tourisme nomade (roulottes) ou de pleine nature (chambres dans les arbres!).
Loin des inconvénients du tourisme de masse, on peut y aussi organiser des voyages « sur mesure » pour le tourisme de campagne, comprenant de nouveaux services comme les séjours Bien-être, la découverte des paysages, des activités sportives et loisirs de pleine nature.
Les réseaux culturels
L’inconvénient d’un maillage culturel moins dense qu’en zones urbaines ou péri-urbaines se transforme aussi en atout pour la cohérence de l’activité culturelle. C’est ainsi que les meilleurs réseaux culturels, à la fois visibles et organisés, proposent aujourd’hui une offre bien construite : citons par exemple Terres Catalanes, ou , davantage connus mais moins organisés que le précédent réseau, les Chemins de Saint Jacques de Compostelle, ou tout autre circuit thématique qui s’adresse aux touristes.
Les organismes du tourisme (CRT, CDT,OT) ont tous, en milieu rural, une offre thématique importante élaborée à partir d’un monument phare ou de circuits de petites églises, qui respectent la continuit du voyage : hébergement/visite/autres activités possibles.
Très peu de statistiques existent sur les évolutions actuelles de la fréquentation. Seule la stagnation, depuis dix ans environ, de la fréquentation des musées et des monuments historiques, les interroge, les incite à changer ou à renouveler leur offre.
Notons les derniers résultats de l’enquête nationale du ministère de la culture et de la communication « Pratiques culturelles des français » : 30% à 40% des français de plus de quinze ont visité un monument ou musée dans les douze derniers mois)
Il s’agit cependant d’une moyenne nationale, qui prend en compte toutes les visites (du musée du Louvre au petit musée de local, des chefs d’oeuvre oeuvres artistiques internationaux aux humbles objets de l’ethnologie) et qui n’interroge que les seuls français.
Comment mieux organiser le tourisme culturel en milieu rural ?
Quelques orientations, qui tiendraient mieux compte des pratiques et des usages en matière de tourisme culturel, peuvent aider les opérateurs à développer le tourisme culturel en milieu rural :
- un projet culturel qui rejoigne les grands axes du développement touristique (développement, région)
- la prise en compte des clientèles existantes, mais aussi des clientèles potentielles (profil, âge, csp, motivations…)
- l’étude des transports, des hébergements, des flux par les opérateurs culturels, et comment y construire le projet
- la visite touristique et culturelle mieux adaptée aux courts-séjours ou aux ailes de saison (tarification, information, langues étrangères)
- l’entrée de la culture dans les « packages » ou des « packages dynamiques » au même titre que d’autres activités. Conjuguer transport, hébergement, culture, randonnée, shopping, gastronomie, ne nuit pas, bien au contraire, à la visite culturelle.
- la préparation possible du séjour sur Internet
- Les tendances des comportements des visiteurs – on soulignera l’excellent article, dans la revue Espaces de décembre 2006, sur le marketing européens , qui analyse ces tendances, ainsi que les publications d’ODIT France.(Voir nos conseils de lecture, sur ce site, dans « Tourisme en Bref ».
La Cellule, ou l’excellence des « Bonnes pratiques »!
Une nouvelle expérience doit être, ici, signalée : celle de l’organisme « La Cellule », qui, depuis plusieurs mois, a su convaincre et les élus, et les propriétaires de gîtes, (dans plusieurs régions, et en l’Europe!) de travailler à un type de projet dynamique et qui assure aussi la maîtrise de l’artistique dans des projets d’action culturelle. En ne cédant jamais aux complexes de la ruralité, en mettant en oeuvre un projet beaucoup plus innovant que ceux « des villes et des faubourgs », sans vraiment de « modèle », et surtout en inventant un nouveau modèle, celui de sa viabilité économique!
Autres exemples d’actions d’inscription dans un territoire rural, pour la culture :
évènementiel, nouveaux services, et innovation
- si l’étape culturelle est très fréquentée, mais éloignée de tout lieu de restauration, pourquoi ne pas saisir cette opportunité pour installer et promouvoir un restaurant, une cafétéria ? (Cf. musée archéologique de Bougon, dans les Deux-Sévres).
- Si l’étape culturelle est complémentaire d’un grand circuit à caractère historique, pourquoi ne pas profiter des centaines de milliers de visiteurs proches ? (Cf. Etude des musées nationaux, projet touristique et culturel des musées nationaux de Vendée, ODIT France, 2006).
- Comment développer la notoriété d’un territoire à partir de son offre culturelle et de son identité? (Région Bourgogne; CRT Bretagne; région Alsace; CRT Rhône-Alpes; OT Nice, Bordeaux, Lille 2004, Catalogne, et l’excellente équipe culturelle de la Corse (CTC, directeur Jean-Marc Olivesi).
- L’évènementiel, enfin, est particulièrement adapté aux milieux ruraux, par la qualité de leurs espaces, de leur accès, généralement bon dans note pays ; et par la tranquillité « assurée » ou presque, des festivaliers grâce à des habitations éloignées ou disséminées ; la musique en continu, la répétition d’un grand spectacle, le travail en nocturnes, tout cela attire énormément de jeunes, mais l’entendre – ou l’écouter – quand on travaille… Donc les très bons festivals (Carhaix, Marciac..) ne se comptent plus, en France.
- Pourtant de nouveaux festivals doivent être créés, il n’y a pas toujours assez d’évènements intéressants et qui fassent réellement un effort de stratégies touristiques. Voir de bons exemples dans les autres pays (RU, Canada, Allemagne, Russie, Australie, etc…Pour le Canada, voir le dernier festival de jazz fin juin 2008, très bien « mis en tourisme » et de ce fait très fréquenté, sans que cela ne nuise à sa programmation ; nous précisons, car nous entendons souvent cet argument que des évènements touristiques seraient forcément moins bien que ceux réservés aux publics de la proximité. Idée reçue, parmi tant d’autres : le développement économique, le partenariat avec le secteur privé qui nuirait à la qualité culturelle ; ou les retombées économiques de la culture qui ne pourraient être calculées ; les festivals soutenus par les aides de l’Etat et qui n’auraient pas pour mission d’attirer les publics touristiques, etc…etc…).
Les années Internet ont permis à tout point de la Terre de donner et de recevoir une information, supprimant l’isolement des zones rurales en particulier.
De nombreux résidents secondaires, souvent étrangers, peuvent devenir les ambassadeurs , pour leur pays, de leur région d’origine.
Et l’ingénierie touristique
L’accès, les parkings en particulier, semble conditionner la visite des sites ruraux par les transports routiers. Le Mont Saint Michel, Conques ou l’abbaye du Thoronet, mais aussi le Pont-du-Gard, les centres d’Art de Vassivière, Creux de l’Enfer (Limousin), ou de ou celui de Kerguéhennec, en Bretagne, ont trouvé de bonnes solutions et ont de bonnes pratiques.
Le circuit thématique « Terres Catalanes » est aussi remarquable par son ingénierie touristique et culturelle. Le Pass Musées de l’Alsace, entre la France, l’Allemagne et la Suisse est aussi un bon exemple de mise en réseaux de petits et grands établissements culturels, pour faciliter l’organisation du voyage pour les touristes.
Conclusion
Le travail d’exploitation et de mise en oeuvre de l’action culturelle ne peut, on le voit, que s’accomplir avec les doubles compétences des opérateurs touristiques et de celles de la culture.
Les questions, toujours soulevées, de la qualité de l’accueil, du manque d’accessibilité, ou de requalification des sites, lieux ou évènements culturels y trouveront sans doute des solutions.
Il est plus simple, à notre avis, de faire un projet global en y insérant ces problèmes particuliers; mobiliser des financements à partir de projets d’ensemble, cohérents, sur la base d’une hausse de la fréquentation, de publics mieux définis, dont on connaîtra mieux la demande (origine géographique, classe d’âge,pratiques, demandes…) est plus facile que requalifier un établissement culturel sans projet de diffusion important, souvent illisible pour ses responsables élus.
Là réside, à notre avis, une chance pour les projets qui seraient à la fois culturels et touristiques, aujourd’hui : celle de pouvoir mobiliser des financements sur une base intéressante, pour le public comme pour le secteur privé : celle du développement local, de l’impact de la culture et du tourisme, des retombées économiques, de l’emploi indirect, des activités, de la convivialité ; la culture peut apporter tout cela sans aucun inconvénient : les craintes des professionnels de la culture sont souvent mal fondées : on ne risque pas de « perdre son âme » à s’insérer dans les questions territoriales, dans l’économie locale et les priorités locales, on risque surtout , à notre avis, de voir les lieux culturels désertés ou dépérir.
Pour en savoir plus
Centre national de ressources du tourisme et du patrimoine rural
Pour les collectivités territoriales, porteurs de projet, consultants, opérateurs, étudiants, agents de développement, cabinets d’étude, élus, formateurs.
Vous vous intéressez au tourisme ou au patrimoine rural ?
Situé à Lempdes, dans le Puy de Dôme, le Centre de ressources multiplie les initiatives pour accompagner le développement du tourisme rural et vous aider dans ce secteur.
Connue et reconnue depuis plus de 16 ans comme lieu incontournable d’informations sur le tourisme rural et plus récemment sur le patrimoine, l’association a une vocation de dimension nationale.
3 commentaires
ikken
je doit avouer que je souhaite travailler dans le millieu rural et en se moment j’éssaye de regarder de prés lesdifférents projet que nous pouvons faire sur un territoire rural
je trouve que vous avez réussi a définir dans cette page web ce que c’est que le tourisme en milieu rural
merci pour ces expliations
a trés binetot
Fabien
Une autre manière de mettre en valeur certaines parties du territoire rural consiste à réutiliser les anciennes voies ferrées, bien souvent délaissées. La solution qui semble, en 2009, la plus viable consiste à laisser la voie à proprement parler et y implanter un vélorail, sorte de pédalo sur rail. Ainsi, on conserve la plateforme et ses servitudes pour une éventuelle réutilisation, on en garantit un entretien minimum, mais surtout on apporte au territoire traversé.
Deux points principaux sont à évoquer:
-L’apport culturel : la voie ferrée a, lors de son installation, permis le développement des environs, l’installation d’industries qui existent toujours. Elle est au coeur de bien des souvenirs, certains se souviennent de l’autorail ou de la machine à vapeur. Et puis, traversant la nature, donnant accès à des points de vue nouveaux, elle permet de découvrir le territoire d’un autre oeil.
-L’apport économique : même exploité par une association, le vélorail est souvent moteur pour la localité qui l’abrite. Il permettra l’embauche de saisonniers, voire de permanents, il apportera des consommateurs au restaurant local et aux petits commerces, etc…
Dans ce sens, on se rend compte que la solution de la voie verte, souvent proposée à l’heure actuelle, consistant à déposer la voie et à permettre la circulation de vélos, n’est pas forcément la mieux venue: elle nécessite des investissements lourds, pour supprimer rails et traverses et installer un chemin de roulement, alors que son rendement économique sera moins bon, à coût d’entretien égal. On évoque parfois l’argument écologique en faveur de cette seconde solution, il est également contestable, car les travaux de suppression de la voie et les aménagements qui lui font suite ne sont pas un obstacle moins grand pour la faune et la flore.
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Pour information, voici une initiative de tourisme vert et culturel qui illustre au plus près votre article :
l’Art en Chemin vers Compostelle.
Mais il aurait bien besoin d’être « accompagné »….
Vous pouvez en prendre connaissance sur cette page
http://natureculture.org/wiki/index.php?title=Art_en_Chemin_vers_Compostelle
J’ai également publié votre article sur la page « Tourisme vert et culturel »
http://natureculture.org/wiki/index.php?title=Tourisme_vert_et_culturel
C’est un site wiki gratuit et ouvert à tous. Nous invitons ainsi tous les acteurs du tourisme rural à profiter du réseau national et international que nous initions pour développer leurs activités.
Cordialement,
CM Vinson