Mise en tourisme - écrit par Jean-Michel Kosianski, le 12 février 2009 - 5 commentaires
Quelle valorisation touristique pour les métiers d’art ?
Qu’entend-t-on par « Métiers d’art »
Le secteur des métiers d’art concerne plus de 200 métiers, détenteurs de savoir-faire le plus souvent séculaires, assimilables à un patrimoine vivant ou immatériel. D’après le Ministère chargé de l’Artisanat, il existe 38 100 entreprises de métiers d’art en France, dont 99% de TPE.
Un métier d’art peut être appréhendé au moyen de deux critères essentiels :
- un savoir-faire manuel d’excellence, appliqué à un matériau et issu de pratiques traditionnelles dont la maîtrise exige un long temps d’apprentissage ;
- un objet utilitaire (ou une prestation) à fort contenu esthétique, unique ou produit en petite série.
Trois grands ensembles de métiers peuvent être distingués : les métiers de la création (qui permettent la conception ou la réalisation d’objets d’art originaux), les métiers de la tradition (qui visent la réalisation, à partir de modèles et techniques hérités du passé, d’objets d’art traditionnels) et les métiers de la restauration/conservation (qui s’exercent sur le patrimoine bâti ou mobilier).
Un professionnel des métiers d’art (PMA) peut être artisan, c’est-à-dire inscrit au Répertoire des Métiers, ou artiste, ressortissant soit de la Maison des Artistes (artiste auteur), soit de l’URSSAF (travailleur indépendant).
Les métiers d’art constituent un secteur fragile, à la problématique multiple.
En tout premier lieu, il convient de considérer que les caractéristiques même de l’offre constituent des causes de difficultés structurelles : atomisation, isolement des entreprises, difficulté à se regrouper et insuffisante organisation de l’offre (il n’existe pas de réseaux de commercialisation structurés pour les produits des entreprises de métiers d’art). Globalement, les PMA éprouvent de grandes difficultés à se mettre en phase avec le marché et à donner une visibilité suffisante à leur offre.
A ces difficultés s’en ajoutent d’autres, dont principalement :
- une difficulté des PMA à concilier toutes les dimensions de leur activité : conception, production, promotion, commercialisation et administration
- une insuffisante demande, qui a pour cause principale une méconnaissance des métiers d’art par le grand public.
Comment valoriser les métiers d’art ?
Cependant, les métiers d’art constituent des éléments d’identité, de rayonnement et d’attractivité pour les territoires (ruraux ou urbains) où ils s’exercent. D’ailleurs, les métiers d’art sont de plus en plus souvent au cœur de projets de développement local, grâce notamment aux liens étroits qu’ils peuvent entretenir avec le tourisme.
Il est ainsi donné d’observer depuis une quinzaine d’années un nombre croissant d’initiatives locales, portées le plus souvent par des collectivités soucieuses de trouver des réponses à des préoccupations de revitalisation territoriale ou de développement touristique. Leurs attentes sont sensées croiser celles de PMA, qui peuvent espérer trouver dans ces projets des solutions à leurs difficultés à commercialiser leurs productions et/ou à promouvoir leurs savoir-faire.
Valorisation et concentration de PMA caractérisent ces démarches. La concentration peut être ancienne, mais dans une majorité de cas, la volonté de valorisation est préalable à la présence même des savoir-faire, l’installation (la polarisation) de PMA constituant alors l’objectif principal de l’action.
Tourisme et métiers d’art : des synergies sous conditions
Toutefois, entre économie, tourisme et culture, les stratégies mises en œuvre apparaissent souvent assez peu lisibles. Pire, la définition et la mise en œuvre d’un projet capable de répondre simultanément aux besoins de la collectivité locale et des professionnels peuvent s’avérer complexes et incertaines.
De nombreuses démarches montrent que la valorisation des métiers d’art d’un territoire auprès des habitants et des touristes est utile, mais insuffisante (sauf exception) pour permettre aux professionnels de réaliser des chiffres d’affaires satisfaisants. Les lieux destinés à la promotion ou à la vente des réalisations des PMA, qu’ils soient temporaires (foires, salons, expositions,…) ou permanents (boutiques, vitrines collectives, maisons des métiers d’art,…), doivent donc être envisagés comme des instruments permettant de faire rencontrer les entreprises d’un territoire, en vue d’échanges qui, accompagnés par un agent de développement, pourront aboutir sur un véritable projet collectif : l’enjeu est d’aider les professionnels à mutualiser leurs besoins et à trouver des réponses communes.
A cet égard, il importe de ne pas perdre de vue que, plus le savoir-faire d’un PMA est pointu et plus sa production vise l’excellence, moins sont grandes ses chances de débouchés sur place. Il peut donc attendre d’une dynamique collective des opportunités en faveur de la recherche de débouchés à l’extérieur du territoire : communication collective (site Internet, plaquette,…), aide à la participation à des salons, sensibilisation de prescripteurs ou d’acheteurs, etc. En tout état de cause, il apparaît en général plus pertinent de créer des dynamiques collectives pour aider les professionnels à promouvoir leurs produits là où se situent leurs marchés (souvent en milieu urbain, voire à l’étranger) que de les encourager à adapter leur offre à la demande touristique locale .
Cependant, parce qu’il ne peut être nié que la clientèle urbaine vient de plus en plus en milieu rural (courts séjours touristiques, résidences secondaires,…), des concepts tels que ceux fondant les « Boutiques Métiers d’Art » ou le réseau des Maisons de Produits de Pays des Alpes de Haute-Provence peuvent s’avérer adaptés à la préoccupation de valoriser en circuits courts les productions artisanales locales.
Crédit photo : fredpanassac
5 commentaires
CAM Joël
Bonjour,
Je reviendrai sur le dossier pour communiquer plus longtemps, car la Fédération Nationale des Ateliers d’Art oeuvre pour le développement de boutiques avec un vrai et authentique concept de territoire avec des productions locales à partir de son réseau BMA, boutique Métiers d’Art au nombre de 5 points de vente: Rablay sur Layon, Nontron, Malicorne, Jublains, Salies de Béarn et avec deux autres projet qui se dessinent en prochaine ouverture 2009 avril pour Turquant et 2010 La Gacilly.
Bien cordialement
Bonjour,
Pour compléter l’article sur la valorisation touristique des métiers d’art, je souhaite porter à votre connaissance un cas intéressant, qui concilie développement économique et valorisation touristique.
Desvres est une commune du Pas-de-Calais d’environ 5000 habitants, où depuis 1764 sont produits à la main des objets en faïence dans des décors aux styles célèbres. Cette longue tradition fait de cette cité de l’arrière-pays boulonnais un lieu de destination touristique. On peut y visiter notamment la Maison de la Faïence (musée municipal) et y découvrir les productions et savoir-faire faïenciers actuels, par la visite d’ateliers de petites unités industrielles, d’artisans et d’artistes.
En 2005, la Communauté de Communes du Pays de la Faïence de Desvres m’a passé commande de l’étude de faisabilité d’une « structure d’accueil d’entreprises métiers d’art » devant répondre à deux enjeux, qui pouvaient sembler antinomiques a priori :
– 1 : élargir la filière faïence/céramique, par l’accueil d’entreprises apportant de nouveaux savoir-faire et produits au territoire et portées sur l’innovation et la coopération ;
- 2 : faire de l’élargissement de la filière un élément d’attractivité touristique supplémentaire.
Le résultat de cette intention se traduit en un équipement que la Collectivité va inaugurer avant l’été 2009 et qu’elle a baptisé (provisoirement ?) « Village des Métiers d’Art ». Labellisé « Pôle d’Excellence Rurale » par la DIACT, cet équipement alliera développement économique, tourisme, promotion et innovation, au sein d’un même lieu grâce à :
- une pépinière d’entreprises dédiée à la céramique et aux métiers d’art : 10 ateliers de 70 m², des équipements mutualisés sur 350 m² (fours, espaces de séchage et de stockage, salle de réunion,…) et un accompagnement économique spécialisé ;
- un « pôle de création design » (d’une surface de 265 m²) destiné à favoriser l’innovation dans les métiers de la céramique ;
- un parcours de découverte et des services dédiés aux touristes.
Le parcours de découverte débutera au sein d’un hall d’accueil de 30 m² et d’un centre d’interprétation de 130 m², avec la projection de films ; il se poursuivra au moyen d’une coursive d’environ 200 m² surplombant les ateliers (pour permettre de voir l’activité des ateliers sans déranger les occupants), pour aboutir dans une boutique collective de 110 m². Pour compléter la découverte du matériau, un espace (collectif également) pour les loisirs créatifs permettra au public de s’essayer aux gestes et aux savoir-faire des céramistes.
Un réseau national de Boutiques réservées à la vente de production métiers d’art existe.
Pour tous renseignements :
http://www.boutiquemetiersdart.fr
Valoriser est un point peu clair. Valoriser n’est pas seulement vendre le plus gros volume des produits de métiers d’art. La commercialisation de l’artisanat d’art est une des étapes de la valorisation, mais cette étape est cruciale pour l’avenir des métiers d’art. Les objets de l’artisanat d’art sont en principe de très bons cadeaux et font partie du tourisme de shopping, mais cela implique une considération esthétique de la part des touristes.
Zafer Oter
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L’explosion du tourisme rural encourage effectivement les collectivités locales à mettre en avant leurs « trésors locaux » : sites naturels, culturels ou historiques, mais aussi les savoir faire-traditionnels et les coutumes locales. L’authentique plait, le terroir fait vendre, et les boutiques « souvenir » associées à ces sites fleurissent partout. Ces boutiques permettent la préservation des sites tout en contribuant à leur notoriété. Elles sont un outil formidable, tant sur le plan économique que marketing.
Cependant, comment ne pas remarquer, en vente dans ces même boutiques, tous ces produits « made in china » ? Que pensez alors de cette volonté affichée de promouvoir l’artisanat d’art local ? L’artisan d’art n’est-il pas plus à même d’assurer la production de ces objets, le plus souvent commandés en petites quantités ? Ne serait-il pas plus valorisant pour la boutique de proposer un objet artisanal original et justifié plutôt qu’un objet banalement passe-partout (porte-clefs, mug, T-shirts…) fabriqué en série et juste siglé ? Manque d’imagination ? Frilosité ? Indifférence ? ….Non, surement pas ! Il manque effectivement aux collectivités un interlocuteur pour la commercialisation des produits des entreprises de métiers d’art. Nous ne pouvons pas demander à chaque collectivité de répertorier tous les artisans d’art et de les interroger séparément. De même les PMA manquent de moyens (temps/budget) à consacrer à la promotion.
Un réseau de commercialisation pour leurs produits, ce serait à coup sur l’outil de promotion de plus efficace pour les PMA. Mutualiser les besoins en communication pour augmenter la visibilité et les besoins en recherche pour coller aux demandes du marché, voila un projet intéressant et ambitieux.