Mise en tourisme - écrit par Jean-Michel Kosianski, le 28 mai 2009 - 3 commentaires

La difficile mise en réseau entre professionnels des métiers d’art et professionnels du tourisme

(c) GloumoufLa valorisation touristique des métiers d’art dans un territoire passe par la mise en réseau d’un ensemble d’acteurs, qui généralement ne se connaissent pas et ne partagent pas une même vision du territoire. Professionnels des métiers d’art (PMA) et professionnels du tourisme ont même a priori des intérêts non convergents. En effet, si les premiers peuvent être aux yeux des seconds des marqueurs de territoire, dont la promotion peut aider à diversifier l’image et l’offre existantes, la conséquence de l’exposition touristique d’un atelier sera de générer au « profit » de celui-ci un flux de curieux… qui rarement s’avèreront être des clients.

Il convient de ne pas perdre de vue que l’excellence des savoir-faire détenus par les professionnels des métiers d’art les conduit à chercher à créer, reproduire ou restaurer des objets de qualité, pièces uniques ou petites séries, à forte valeur ajoutée culturelle et économique. On est donc loin a priori de l’univers de l’objet touristique ou de l’objet souvenir.

Cependant, là où les ateliers d’artisans d’art et les touristes sont nombreux, des actions d’information ou de formation peuvent être utilement proposées aux PMA, pour les sensibiliser aux opportunités du tourisme. A chacun ensuite, seul ou en réseau, de mettre librement en œuvre une stratégie : accueil du public dans l’atelier, création d’une boutique individuelle ou collective, adhésion à une route touristique, création d’une gamme d’objets à destination des touristes, offre de prestation de loisirs créatifs, etc.

Dans tous les cas, l’exposition touristique d’un atelier ne peut s’envisager sans qu’en amont le professionnel en ait bien mesuré toutes les conséquences (avantages et inconvénients) et pris les décisions qui en découlent : comportement à adapter, investissement à réaliser, etc. Il est en effet insupportable pour tout le monde qu’un excellent professionnel, installé dans le secteur sauvegardé d’une petite ville réputée pour son patrimoine et ses « échoppes d’artisans d’art » ferme son atelier (qui plus est, mis à disposition par la municipalité), au prétexte de l’envahissement estival de « suceurs de glace » qui le déconcentrent et l’empêchent de produire à force de questions béotiennes ! Telle est pourtant la réalité vécue par nombre de PMA, qui iront alors jusqu’à reprocher (non sans raison) leur instrumentalisation par les professionnels du tourisme et les élus locaux…

Une démarche de valorisation touristique des métiers d’art doit toujours être envisagée comme une action de développement local. Cela signifie en particulier qu’il est important de prendre le temps de l’écoute et du dialogue, pour aboutir à un projet intégré, compris et souhaité par tous les acteurs, et motivé par la recherche des conditions d’un partenariat gagnant/gagnant entre métiers d’art et territoire. Mais l’expérience apprend que la chose n’est pas aisée : la multitude des métiers et des situations professionnelles au sein de ces métiers, couplée à un assez grand individualisme, rend difficile la construction d’un projet collectif de valorisation touristique des métiers d’art. Les difficultés sont nombreuses, la toute première étant d’arriver à sortir les PMA de leur isolement et des les aider à bâtir entre eux un diagnostic et une stratégie partagés. D’ailleurs, l’observation des expériences les plus anciennes de « pôles métiers d’art » (initiées au début des années quatre-vingt-dix) apprend que les démarches réussies sont celles qui ont permis de répondre à l’attente d’un groupe de professionnels des métiers d’art désireux de trouver une réponse collective à leurs besoins et préoccupations individuelles, dont la toute première : commercialiser, grâce à meilleure visibilité de leurs savoir-faire et de leurs ateliers.

Une voie possible, pour arriver à mettre en place un projet partenarial à l’échelle d’un territoire (intercommunalité ou Pays, par exemple), réside dans la mise à disposition (par une collectivité) d’un espace collectif bien situé, dans un site de qualité (idéalement, un village ou un centre historique à fort potentiel de tourisme culturel). En effet, à partir d’une fonction de vitrine permettant un renvoi du public vers les ateliers, voire d’une fonction de boutique, il pourra être concrètement constaté par les PMA l’intérêt (ou non) d’une exposition vis-à-vis de la clientèle touristique (et locale). Dès lors, entre artisans, acteurs touristiques et institutionnels (office de tourisme, élus et techniciens de collectivités locales, chambre de métiers et de l’artisanat, etc.), un dialogue pourra s’instaurer ; d’autant que l’existence d’une vitrine collective sert aussi le territoire : elle le qualifie, l’anime, enrichit son image, accroît son attractivité, peut constituer le support de diverses actions (notamment pédagogiques), etc.

Enfin, il peut être indiqué que, de plus en plus fréquemment, les espaces collectifs (du genre « Maison des métiers d’art ») ajoutent à leur fonction première de vitrine des produits et des savoir-faire locaux :

- un espace pour l’accueil d’expositions temporaires,
- et depuis plus récemment, un espace pour la pratique et l’initiation aux métiers d’art (en réponse à une forte demande du public).

Crédit photographique : Gloumouf



3 commentaires

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Tatoula
6 juin 2009 11:49

très bonne analyse

Boissinot Agathe
15 juillet 2009 9:56

L’espace collectif me semble utile pour promouvoir de façon pérenne les métiers d’art au sein d’un territoire. S’il semble logique à première vue que les PMA et les professionnels du tourisme n’ont pas les mêmes enjeux et les mêmes objectifs de développement, il peuvent toutefois apprendre à travailler ensemble afin d’atteindre chacun leurs objectifs.
Bonne analyse.

Odile PROUST
18 juillet 2009 23:52

Bonjour

J’accompagne depuis plusieurs années des associations et projets collectifs Métiers d’art et j’ai « enquêté » auprès d’un certain nombre d’expériences en France (et bénéficié de l’analyse de la fédération des ateliers d’art sur les boutiques). Je partage votre analyse sur la nécessaire multi fonctionnalité des « lieux » métiers d’art avec une montée de la fonction éducative et stages/cours, à la fois pour répondre à une demande mais aussi pour faire connaitre ces métiers qui restent méconnus en tant qu’acteurs économiques à part entière.
Je cite en exemple notamment l’Association des métiers d’art des Cévennes au Pont de Monvert en Lozère, qui tient boutique collective avec salarié dans un village de 300 habitants, dispose d’un circuit et carte touristique et est capable de fédérer de nombreux partenaires autour de son 1er festival métiers d’art avec 180 ateliers d’initiation et 60 exposants (le week end dernier et le bilan serait intéressant à connaitre).
Cf aussi Aime la Plagne en Savoie et sa Maison Métiers d’art ouverte l’an dernier avec du personnel intercommunal et voulue sans vente mais avec info, expo et ateliers.

Par contre, je ne partage pas l’analyse sur l’individualisme, qui n’est pas plus grand que dans d’autres métiers. Ce qui différe par contre, c’est la considération des « autorités locales » sur ce secteur économique et le montant des investissements faits. Là où émergent plus vite ou plus fort des projets plus pérennes, c’est généralement quand des collectivités se mouillent, notamment pour l’immobilier, alors que d’autres croient que de très petits ateliers vont pouvoir réhabiliter à leurs frais des friches industrielles du XIXè siècle ! Cf aussi le montant des financements publics et le temps d’accompagnement fourni à des magasins de producteurs agricoles, qui se développent très bien, avec une éthique, un dynamisme et un sens du collectif qui ressemblent à celui des métiers d’art (avec les mêmes tensions entre des personnalités fortes aussi !). Cf près de Crest (Drôme) une expérience qui a juste un an de boutique agricole et artisanale, qui joue la complémentarité mais a aussi pris en compte la plus grande difficulté de vendre l’artisanat et l’a mis à l’entrée de la boutique avec un réel effort de mise en scène.
A suivre pour connaitre d’autres expériences.

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