Mise en tourisme - écrit par Claude Origet du Cluzeau, le 27 février 2009 - 0 commentaire
En quoi le musée ou le monument local peut-il contribuer à l’identité locale ?
La plupart du temps, le musée et le monument locaux ne « contribuent » pas à l’identité locale : ils l’incarnent, lui donne une consistance physique.
Dans ce domaine
- Le monument constitue l’emblème, ou l’un des emblèmes, de l’identité locale, l’image dominante dans la représentation de la destination. Quand il est de grande hauteur, il constitue un signal visible de loin, et fortement mémorisable. Enfin, par sa seule présence, il raconte en raccourci une partie de l’histoire locale (ex les Tours de La Rochelle).
- Le musée raconte, de manière détaillée, approfondie et unique, une partie ou les temps forts de l’histoire évènementielle et/ou artistique et/ou scientifique locale. (ex le Musée des Beaux Arts de Lyon). C’est vers le musée que se focalise toute découverte un peu approfondie d’une destination. C’est un témoignage de ce que ses habitants ont réalisé (savoir-faire et talents, collections, vie locale…).
Tout travail sur une identité locale ne saurait se passer du/des musée(s) et monument(s) qui s’y trouvent, y compris si l’identité locale comprend de nombreux aspects immatériels (langue, légende, tradition,…) (ex le Château d’If près de Marseille).
Pour en savoir plus : les bonnes pratiques
La mise en réseau de plusieurs sites ou monuments est un bon exercice pour valoriser:
- Pour chacun des lieux : ce qu’il a de spécifique (unique, qui puisse caractériser le lieu, sa région)
- A travers un lien géographique (Itinéraire, Route, Circuit…) comment on peut « raconter » une histoire, sinon l’Histoire, l’identité d’une région.
- Des « bonnes pratiques » sont présentées, sur ce site, dans l’article « Itinéraires historiques, itinéraires du patrimoine »
- La MCUR, Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, a établi sa programmation de façon remarquable pour créer un nouveau musée sur l’Ile de la Réunion (2008/09).
On peut ainsi constater que le modèle, un peu obsolète, aujourd’hui, si on le prend au pied de la lettre, des » Centres d’Interprétation », vient d’être renouvelé par le travail de la MCUR qui a su inventer de nouvelles bases de travail :
- Pourquoi l’histoire du lieu doit-elle être revisitée par rapport à l’histoire « officielle »?
- Sur quelles données s’appuyer pour refaire cette histoire?
- Comment établir un programme culturel qui comporte un espace incontournable ( le musée, ses collections, ses activités de recherche) et des activités diverses qui fasse du lieu un « lieu de vie » pour les habitants?
Le document-programme de la MCUR est disponible et peut être téléchargé sur le site du Conseil régional de l’Ile de de la Réunion.
Contribution de Marc Puig pour : www.lautreregard.com
Construire la visite d’un site ou un circuit de découverte
1°-Le principe : une nouvelle approche de l’interprétation
Le plus grand bonheur d’un artiste, d’un saltimbanque ou d’un organisateur de spectacles est de lire sur les visages l’expression du plaisir, du ravissement, de voir le public heureux et ressourcé.
Dans la réalisation d’une visite, d’un circuit, d’une exposition… l’intervention du concepteur consiste à proposer au public un voyage dans un monde où se combinent l’imaginaire et la réalité (historique, scientifique…).
Prenons l’exemple du conte : nous savons combien il apaise, appelle l’écoute et ouvre le portail de l’imaginaire, où l’enfant trouve refuge et où l’adulte renouvelle ses forces et sa créativité. Le public est en attente !
Il suffit de prononcer la formule « il était une fois » pour voir apparaître dans l’assistance un discret sourire, une attention, une attente curieuse, une disponibilité : en un mot, un autre regard… Cette porte d’entrée que représente l’imaginaire de chacun stimule la disponibilité du public. La narration agit sur chacun : comme tout produit artistique, elle dessine une image, permet l’évasion, éveille l’émotion, donne du sens à la vie en formant une image où chacun peut se projeter.
L’ambition est que la visite ne donne lieu ni à une simple transmission de connaissances ni à un simple divertissement faisant appel à l’imaginaire, mais à une combinaison dynamique des deux. Il s’agit de l’union de deux phénomènes : une offre de connaissance et l’ouverture d’un espace esthétique et imaginaire. Cet espace permet à chacun d’exister à sa façon personnelle, selon sa manière de se projeter dans l’imaginaire qui lui est ouvert.
Une fois cette approche établie, nous pouvons décliner les trois dimensions de la méthode. Elle consistera à maintenir toujours en parallèle une approche scientifique, une approche subjective (émotionnelle et dramaturgique) et une approche marketing (prendre en compte la cible du public visé pour réaliser la mise en public).
2°-La maîtrise scientifique de l’objet du site
L’approche scientifique d’un site (ou autre objet de mise en tourisme) sera précieuse pour appréhender certaines des valeurs associées à l’objet lui-même, y compris sur le plan émotionnel, et pour atteindre l’objectif de favoriser la vulgarisation scientifique.
On se placera alors en position d’observateur distancié, analysant les qualités du site au moyen de critères objectifs. Ces critères relèvent des différents domaines concernés : histoire, sociologie, politique, sciences exactes (biologie, zoologie, écologie, météorologie), technologies ou industries (métallurgie, chimie…).
On se forge ainsi une connaissance approfondie et variée de l’objet, en s’aidant notamment de nombreux outils et documents et afin de bien s’ancrer dans la réalité humaine et contemporaine. Nous rencontrons ainsi des érudits et des scientifiques, des chercheurs du monde académique, des étudiants, des enseignants…
3°- L’art de dégager la dimension émotionnelle et la dimension dramaturgique du site mis en tourisme
Chaque site (musée, friche industrielle, site naturel, monument, quartier historique, territoire, paysage…) dispose d’un potentiel émotionnel de par sa capacité à évoquer des faits qui deviennent objets de culture et peuvent ainsi constituer des « noyaux » narratifs.
Un château pourra évoquer un événement historique, une grande bataille… un paysage témoignera de son inexorable transformation grâce de l’action conjuguée des éléments et de l’homme. Une zone urbaine pourra évoquer certains faits de civilisation, témoigner de l’élan bâtisseur caractéristique d’une époque, illustrer le génie créateur d’un artiste, le savoir-faire d’un artisan ou encore rappeler un fait divers qui fit date ou le passage d’un personnage célèbre.
Ces potentialités portent en elles une dimension émotionnelle et une véritable dimension dramaturgique, qu’il nous appartient de révéler : c’est alors que l’on entre dans le domaine de l’art, de la composition théâtrale ou de la narration. La démarche consiste à dégager ces potentialités, à les organiser en fonction de leur intérêt, et ainsi à constituer le fil conducteur de la visite.
Sur la base du fil conducteur thématique, nous pourrons alors construire notre visite en prenant en compte certaines contraintes, en particulier :
• la durée de la visite
• le lieu et l’espace à délimiter
• l’action (faits ou actes qui constituent le sujet de la visite)
• le public à qui elle s’adresse
4°- L’art de concevoir le déroulement de la visite en fonction d’un public
Une visite se déroule à l’intention d’un public, et par souci de simplification le marketing nous a appris à décliner le public en de nombreux sous-ensembles (familles, retraités, jeune public…). L’expérience nous montre pourtant que l’approche des publics est bien plus complexe. Prenons l’exemple d’une famille de quatre personnes qui viendrait visiter un musée : la mère, curieuse, souhaitera parcourir l’ensemble de l’exposition ; le père l’accompagne mais a tendance à fixer son attention sur quelques œuvres. La fille âgée de 10 ans suit, et devine des personnages imaginaires dans les oeuvres représentées, alors que l’attention du fils âgé de 14 ans est captée par la manipulation des ordinateurs qui donnent accès à des images virtuelles. Une famille de quatre personnes, quatre intérêts distincts qui s’additionnent sans se confondre. Cela pour dire à quel point le public se caractérise par son atomisation en motivations et centres d’intérêts divers.
Le public qui sort d’une même salle de spectacle peut afficher une satisfaction unanime, et pourtant chacun aura puisé dans sa sensibilité personnelle pour trouver le spectacle à son goût. C’est ici qu’intervient la force de la dramaturgie de la visite, capable de permettre à chacun de se sentir interpellé personnellement, voire intimement, par le contenu de la visite. Nous dirons que chacun peut y puiser sa part « unique » de bonheur.
L’art de concevoir une visite consiste donc à bien connaître les publics et à veiller à ce que le contenu intrinsèque de la narration capte l’attention de chacun.
En conclusion
Le choix d’un thème de visite qui semble couler de source peut s’avérer être un mauvais choix : il faut toujours prendre le temps de développer une analyse distanciée. Pour cela la démarche inclut :
• un temps consacré à l’observation et à la connaissance,
• un temps d’imprégnation,
• un temps de recherche/définition/adaptation du public ciblé,
• un temps d’écriture,
• un temps d’expérimentation et de restitution.
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