Connaissance des clientèles - écrit par L'équipe de tourismeculturel.net, le 5 mars 2009 - 1 commentaire
Représentations et attentes du visiteur brésilien
Faire venir les visiteurs étrangers et mieux les accueillir sont des objectifs qui ont toujours été dans les préoccupations des gestionnaires et responsables de sites patrimoniaux. Aujourd’hui, en raison de l’évolution démographique, politique et/ou économique des pays dits « émergents », on observe la venue en force et pour des séjours de plus en plus fréquents, de nouvelles nationalités très convoitées pour leur soif de découverte et leur pouvoir d’achat important.
Parmi ces pays, la Chine, le Brésil et la Russie ont une relation toute particulière avec la destination « France ». Celle-ci occupe en effet une place « à part » dans la culture de ces trois peuples grâce à des liens historiques privilégiés.
Pour les professionnels du tourisme et de la culture c’est à la fois un atout et un enjeu vital : il s’agit d’affiner notre connaissance de ces clientèles, de mieux comprendre leurs motivations et leurs attentes pour améliorer l’attractivité de notre patrimoine culturel et le distinguer plus fortement de l’offre d’autres pays européens.
L’important travail réalisé en 2007 par le cabinet Eurologiques, pour le compte du Centre des monuments nationaux et d’ODIT France, apporte de précieux éléments de réponse à ces questions et permet de mieux appréhender les représentations et attentes de ces visiteurs venus de loin, afin de mettre en place une réponse à la hauteur de leur espérance.
L’objectif de cette étude était de connaître les représentations mentales, sociales et historiques des visiteurs étrangers du patrimoine français, puis de mesurer l’écart entre ces représentations et la perception de ces visiteurs, à l’occasion de la visite elle-même.
La méthodologie retenue s’appuie sur une enquête réalisée sur les sites en France auprès de quelque 3 000 visiteurs étrangers, primo-visiteurs et « récidivistes », et sur l’interview de relais professionnels -touristique et culturel- dans les trois pays. Le traitement de ces témoignages fait apparaître les grandes tendances de comportement, notamment en fonction des générations et de la courbe d’expérience dans la pratique des voyages.
Représentation et attentes du visiteur brésilien
Histoire et francophonie
1 / résumé des relations franco-brésiliennes
Dépourvue de colonies influentes et massivement implantées, incapable d’atteindre une position économique et financière dominante pouvant rivaliser avec celle de l’Espagne ou de l’Angleterre, la France a cependant bénéficié du rayonnement de sa production culturelle et artistique.
Il est ainsi intéressant de noter que, très tôt, le Brésil a manifesté une volonté forte de mettre en avant la France, notamment à travers ses références culturelles, au détriment de l’héritage portugais.
Exemples :
• Pour affirmer l’identité culturelle de son jeune empire, Pedro 1er (1822 – 1831) confie à la mission artistique française des peintres Nicolas-Antoine Taunay et Jean-Baptiste Debret la création d’une Académie des Beaux-Arts.
• A l’indépendance du Brésil en 1822, l’Empereur envoie en France une mission secrète dont l’objectif est de recruter au sein de la franc-maçonnerie , des intellectuels et artistes pour former la nouvelle élite brésilienne.
• Avec la proclamation de la 1ère République brésilienne en 1889, la pensée du philosophe positiviste Auguste Comte « ordre et progrès » est adoptée comme devise nationale du Brésil.
2 / place de la langue française
Jusqu’à la fin de la période dictatoriale en 1985, le français était la 1ère langue étrangère enseignée au Brésil. Par la suite, les larges financements nord-américains et l’attractivité pour le libéralisme économique ont placé l’anglais en première position. Aujourd’hui, 300 000 personnes apprennent le français au Brésil, dont 25 à 30 000 au sein des 40 implantations de l’Alliance Française.
La France est la 2ème destination (après les USA) des étudiants boursiers brésiliens. Le français, pour des jeunes possédant déjà l’anglais, et n’ayant pas de mal à apprendre l’espagnol, est jugé comme un atout professionnel. Les étudiants apprennent majoritairement notre langue pour se préparer à des études en France.
Il est à noter que les membres du Parti des Travailleurs (au pouvoir depuis l’élection du Président Lula Da Silva) soutiennent l’enseignement du français car ils voient l’accès à la francophonie comme une manière de résister à la mondialisation au diapason américain.
Synthèse de l’enquête menée par le Cabinet Eurologiques
1 / références culturelles
L’industrie culturelle américaine domine largement le marché brésilien, surtout au travers de la télévision, en véhiculant un mode de vie étranger à la culture et à l’histoire du Brésil. Pourtant, face à la déferlante nord-américaine, la présence française reste très forte.
Les élites brésiliennes, souvent francophones, connaissent assez bien notre pays et son histoire et voient volontiers celui-ci comme porteur d’un destin international particulier : un David affrontant volontiers le Goliath de l’injustice. L’attente vis-à-vis de notre pays, pourvu qu’il soit fidèle à cette ligne, est énorme.
Histoire et littérature :
• Le Siècle des Lumières et la Révolution française
• Souvenirs des nombreux scientifiques et artistes français qui vinrent au Brésil au XVIIIème et surtout au XIXème siècles
• Victor Hugo et Auguste Comte, Alan Kardec.
2 / La France / Paris / la France des régions
La France est reconnue pour son influence et ses apports décisifs dans le monde des arts et des idées, en politique et en sciences humaines. Phare de la pensée universelle, elle est considérée par les brésiliens comme une terre de liberté et d’asile qui appelle une quasi-pratique de pèlerinage. Si la France est magnifiée dans sa superbe historique et culturelle, elle n’en apparaît que plus figée et n’est pas perçu comme un pays vivant. On en reste à l’image idyllique et très idéalisée d’une France immuable.
Le peuple Français est vu comme ayant des préoccupations sociales, humanistes et des positions plutôt anti-américaine. Il est perçu comme appréciant la culture brésilienne à sa juste valeur.
Paris est le lieu de cette effervescence culturelle, la confluence de toute la pensée française : c’est la ville où il faut être allé au moins une fois. Le quartier latin et la Sorbonne jouissent d’une aura particulière : on y recherche les fantômes de Sartre, Beauvoir ou Foucault. Les mots qui reviennent dans la bouche des interlocuteurs brésiliens : culte, chic, sensuel, raffiné, univers de luxe.
Les régions françaises sont peu connues des brésiliens interrogés , à part le Val de Loire et la Côte d’Azur. C’est une question d’échelle : le premier voyage est avant tout une découverte de l’Europe… Très progressivement, après une première visite de Paris, la clientèle brésilienne s’éveille à d’autres destinations régionales.
3 / réactions et attentes des primo-visiteurs
Un sentiment d’appartenance affectif
Depuis le XIXème siècle, en raison des références culturelles évoquées plus haut, les brésiliens ont choisi la France comme patrie culturelle d’adoption. Cette recherche des sources est au cœur de la motivation du voyage vers la France. En séjour en France, les brésiliens sont en recherche de la plus grande intégration possible, pour avoir le sentiment d’appartenir à la nation-hôte. Se donnant la disponibilité intellectuelle de se laisser aller à la culture française, ils préfèrent être avec des amis ou en famille, plutôt qu’en séjour de groupes. Ils apprécient particulièrement de découvrir par eux-mêmes… Ainsi, les expositions du Centre Pompidou sont-elles très prisées, la collection amazonienne du musée du Quai Branly est accueillie avec curiosité et fierté.
Attente patrimoniales
Les Brésiliens ne revendiquent pas de connaissances théoriques particulières ni de repères stylistiques précis, mais recherchent les grands bâtiments haussmanniens, le Petit et le Grand Palais, et tout ce qui se retrouve dans l’urbanisme carioca ou ailleurs. Ils savent apprécier la beauté des détails, la monumentalité, les grands axes urbains, les mises en valeur soignées. Ils ont la nostalgie des villes anciennes, des vestiges, des richesses historiques.
4 / Fréquentation
Typologie de voyage et durée moyenne de séjour : Circuits en moyenne d’un mois en Europe – avec séjour moyen de 8 à 15 jours en France (Paris et régions)
Fréquentation et tendances d’évolution : en 2005, environ 320 000 brésiliens sont venus en France (0,4% du total des touristes étrangers de l’année).
Contribution de Elisabeth Lambert, Revue « Contact » de Janvier / Février 2009
D’après le T.O. France Viagens Operadora, à Belo Horizonte (Brésil), pour les brésiliens, l’Europe c’est la France. Et la France, après Paris, c’est la Provence. Ils la préfèrent à la Côte d’Azur, car la mer, ils connaissent ! de même que les grandes villes. Ils optent pour les « petits villages », comme Saint-Rémy, les Baux-de-Provence… ou Avignon !
Ils veulent du typique, de l’historique, des châteaux-hôtels, des vins, de la gastronomie… L’inconvénient de la destination ? Pas assez d’excursions organisées pour les touristes individuels non motorisés.
Prospective : L’article cite aussi le chiffre suivant (source OMT / analyse BCG) : le nombre de nuitées effectuées en France par des touristes venant des pays émergents devrait être multiplié par 3,5 d’ici 2020.
Crédit photographique : roryrory
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Revecca di Oliveira
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Bonjour
Je suis brésilienne, étudiant en master en tourisme à l’université de Toulouse. Cela me fait beaucoup de plaisir de lire cet article au quelle je me sens connecter. D’habitude, les article sur le Brésil sont souvent des clichés… les belles plages, les belles filles, le samba, le carnival…
Effectivement, il existe tout cela, mais il n’a pas que cela. D’ailleurs je suis en train de faire un mémoire sur l’identité culturel rural, qui est forte et inconnu au brésil et je m’inspire sur la valorisation du monde rural en France.
Cette année c’est l’année de la France au Brésil et je serai privilégier d’y être pendant l’événement. J’espère que cela soit le début pou affirmer des liens et échanges culturels avec le Brésil.