Fréquentation - écrit par Philippe Fabry, le 26 juin 2008 - 2 commentaires
Du bon usage des nouvelles technologies pour le tourisme culturel
En introduction d’un dossier sur L’accueil dans les musées (Lehalle, Évelyne. « L’accueil dans les musées », dossier, Publics & Musées, no 4, p. 83-87), Evelyne Lehalle écrit « Concernant l’accueil, (…), cette notion est large dans le temps (avant, après, pendant la visite) et dans l’espace (ne pouvant se réduire au seul hall d’arrivée des visiteurs ou à une billetterie et un vestiaire (…).». Somme toute, les problématiques pour les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont les mêmes pour les professionnels de la culture et du tourisme, et il s’agit d’être présent aux différents temps de la visite. Les TIC ont dans un premier temps été avant tout abordées sous le prisme de l’espace. C’est-à-dire de proposer aux visiteurs des dispositifs d’aide à la visite, d’explications d’un lieu ou d’objets et d’orientation dans un espace. La notion de temps au sens strict mériterait encore que l’on s’y attarde. On sait globalement que le « touriste » part plus souvent mais moins longtemps. Certes, ce n’est pas beau à dire, mais il recherche globalement à optimiser ses vacances et dispose rarement de beaucoup d’heures pour visiter un site… A quand une réflexion autour des TIC pour proposer plusieurs durées de visites, et ne pas se cantonner à une visite courte et une visite longue ?
Des technologies de l’information et de la communication numériques de plus en prégnantes.
On sait que globalement ces évolutions technologiques couplées à l’évolution des modes de vie, fragmentation des vacances par exemple, modifient de plus en plus l’importance relative de certaines activités et impactent durablement la consommation des produits touristiques et culturels. Les TIC ont envahi la vie quotidienne suscitant de nouvelles pratiques et des nouveaux modes de consommation. Par exemple, même si on peut le lire d’ici de-là, Internet fait désormais partie du quotidien des Français (2/3 des particuliers se sont connectés au moins une fois à l’Internet au cours des 12 derniers mois) : Diffusion et utilisation des TIC en France et en Europe - juin 2008 par la DEPS (fichier PDF).
Les TIC, une réponse au 3 temps du touriste : avant, pendant, après
Les touristes sont dès lors de plus en plus en attente de services aux différentes étapes : avant, pendant et après une visite ou un voyage. Le développement des dispositifs liés à la mobilité, téléphone portable, PDA ou GPS, fait que le touriste s’attend de plus en plus à chacune de ces étapes à disposer de services : dématérialisation de la billetterie, dispositifs d’audio-guidage, commentaires dans son lecteur mp3…
Apporter une réponse aux trois temps du voyage
Ces nouveaux services deviennent de plus en plus des éléments d’attraction supplémentaire pour les sites culturels et touristiques. Ils permettent d’accompagner les visiteurs dans la découverte d’un lieu, que la visite soit libre ou accompagnée. En outre, et plus particulièrement pour le domaine de la culture, les TIC permettent de démultiplier les possibilités d’information des publics : pour les enfants, les clientèles étrangères, les handicapés…
En simplifiant, les nouveaux usages permettent tout autant de localiser, d’orienter, de donner les possibilités d’hébergement et de restauration, mais aussi de prendre connaissance d’autres activités possibles, culturelles ou non, et de l’évènementiel. Les TIC permettent d’organiser les séquences du séjour, rôle autrefois dévolu uniquement aux agences de voyages, aux offices de tourisme ou bien aux guides-interprètes.
Le syndrome du « Moi centre du monde » et le désert français…
Les TIC permettent surtout de démultiplier les contacts entre l’offre culturelle et touristique par l’apparition d’offres couplées tourisme et culture. Mais globalement, on constate une carence flagrante dans ce domaine. Quel site d’un lieu propose sur son site Internet des possibilités de restauration, d’hébergements ou d’activités des environs ? D’une manière générale dans l’univers touristique et culturel, on constate une certaine réticence sur les sites Internet à parler de ce qui se passe autour. Pense-t-on que l’internaute ira voir ailleurs si l’on fait ainsi ? Ou y a-t’il autre chose ? Cela me fait penser aux sites web qui ouvrent systématiquement un lien d’un autre site dans une nouvelle fenêtre d’un navigateur, en croyant benoitement que l’internaute restera sur son site. Le site Internet et plus globalement sa stratégie TIC doit désormais s’envisager comme un élément d’un maillage plus grand et s’intégrer au cœur d’un réseau, d’une destination touristique.
Que faut-il proposer ?
Les touristes - ils représentent en effet entre 40 à 60 % des visiteurs d’un lieu culturel (cf. Etude IPSOS de Maison de la France en 2007) - sont avant tout à la recherche d’informations complètes sur une destination. Depuis quelques années, un reproche est constant de la part des internautes. Ils voudraient une information complète et à jour. Un site Internet disposant d’une information la plus complète possible est à même de retenir le visiteur. Ah quoi bon aller voir ailleurs, si le site que je consulte me fournit l’information la plus exhaustive possible ?
Les attentes des touristes en matière d’informations via les TIC
Une bonne utilisation des TIC doit permettre à un touriste de répondre à ses souhaits de base :
- Où dormir ?
- Que visiter ?
- Comment y aller ?
- Quel temps fera-t-il ?
Bref un site culturel à tout intérêt à s’intégrer dans un réseau et de nouer des partenariats afin d’intégrer son offre au cœur d’une offre plus complexe (visite d’un lieu couplée à un transport et à un hébergement par exemple).
Quels sont les besoins avant la visite ?
L’étude de l’ARDESI sur Comportements et attentes des internautes vis-à-vis des sites Internet touristiques, livre une grille de lecture des principales attentes avant la visite :
- Visualiser les lieux
- Rechercher des informations pratiques (horaires d’ouvertures par exemple)
- Préparation d’itinéraires (pour les grandes villes cela inclut par exemple les transports en commun).
Il est donc important à chaque étape de la visite, de l’écran de l’ordinateur du touriste à la visite sur place, de proposer des services numériques autour du lieu.
Un exemple vaut mieux qu’un long discours
Le site Internet du musée Guggenheim de Bilbao montre bien que ce lieu a eu une réflexion sur la problématique du « avant, pendant et après la visite. ».
- La page d’accueil : une incitation à la préparation de sa visite
Bien entendu, la phase de séduction passe par des photos nombreuses et de qualité. A noter qu’il est possible d’envoyer des cartes postales virtuelles, les internautes en sont friands. Un peu de marketing viral ne fait jamais de mal. Mais aussi une visite virtuelle commentée en plusieurs langues par le personnel du musée. C’est un bon moyen de lier le réel et le virtuel et d’inciter au contact. - Des photographies et des cartes virtuelles
- Visite virtuelle, ou comment me souhaiter la bienvenue, et en français s’il vous plait !
- Le site propose surtout les informations essentielles : horaires d’ouvertures, comment venir ? Les transports en commun, l’implantation dans la ville, que voir et que faire autour du musée Guggenheim.
- Comment venir au musée ?
- Le site propose également des services numériques pendant la visite avec le téléchargement d’informations sur téléphone portable ou bien de vidéos par exemple.
- Ce qui est remarquable sur ce site Internet, c’est que le musée a essayé d’être présent virtuellement à toutes les phases du voyage et de la visite. Il est en effet possible de partager avec ses amis sa visite en envoyant un album photos avec des commentaires, le tout agrémenté d’une musique. N’y-a-t’il pas de meilleur prescripteur que ses propres amis ? C’est aussi un moyen de prolonger sa visite car le touriste aime emporter avec lui un élément de son voyage.
Cette mise à disposition de contenus par les visiteurs participe à la valorisation du lieu et complète et enrichit la phase « d’avant la visite ». Les récits de voyage participe sans aucun doute au rêve et donc au choix d’une destination. Bref, je partage ma visite.
A lire
- Mon blog, Tourisme et tic, sur les technologies de l’information et de la communication numériques appliquées au tourisme
2 commentaires
Philippe Gimet, fondateur du C.E.G.
Evelyne Lehalle
Cette année ODIT France réalise une étude sur les usages des TIC pour la visite culturelle et touristique. Résultats attendus fin décembre 2008.
Nous sommes partis du même point de vue que celui que nous propose Philippe Gimet dans son commentaire argumenté. En effet, depuis cinq/six ans, les outils font écran aux usages et aux stratégies déployés par les uns et par les autres. Cette entrée par les outils fausse aussi la réflexion et n’aide pas à la décision des élus, des tutelles ou du secteur privé qui gèrent, par exemple, la moitié des monuments en France.
A tout le moins pédagogique, la question du bon usage des TIC fait réfléchir les acteurs de la culture sur leur offre, et la médiation, incontournable la plupart du temps, qui lui est associée. L’offre reste pourtant toujours “première” et quasi « intouchable » pour nombre de ces acteurs. Or cette opposition « Offre/Demande » reste une exception française. Les canadiens sourient, les anglais sourient ainsi que les espagnols, pour les pays que nous connaissons un peu. Ce qui les distingue de nous, c’est qu’ ils ont avancé sur la question.
Alors, sans tomber dans le piège des fausses bonnes questions « écran » (Pourquoi les TIC ? A quelles conditions? Comment innover ? , etc..etc..) qui nous feraient rater la compréhension des enjeux actuels de la culture du service public, nous avons porté les efforts sur l’usager (Quels contenus pour la démocratisation ?, quelles démarches vers les autres visiteurs que ceux du « 100% visiteurs de proximité » ? Quels partenariats ? Que fait la “concurrence” ?, etc…).
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en fait cela pourrait se reformuler autremen...
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- Bonjour,
Il manque un en effet un lien merci ! C'est cet article : http://www...
- Bponjour
Je ne trouve pas l'article; Comment faire pour attirer et faire reve...
- En fait, il y a hélas en France peu d'enquêtes récentes qui vont sufisamment dan...
- bonjour,
entre les deux parties, les pro-commercialistes pret a commercialis...
- Pour information, voici une initiative de tourisme vert et culturel qui illustre...
- oui et tordre le cou aux idées reçues car pour info la Pologne reçoit 17 à 18 mi...
Fréquentation - 26 juin 2008 - 2 commentaires
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Commercialisation - vente, Mise en tourisme - 26 juin 2008 - 1 commentaire
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Commercialisation - vente - sept 8, 2008 15:03 - 0 commentaire
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Tout d’abord, bravo à toute l’équipe de tourismeculturel.net pour cette belle initiative !
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Sans ne rien céder aux chants des sirènes technophiles, force est de constater que la question de l’appropriation des technologies issues du numériques jouent désormais un rôle stratégique pour les établissements et les équipements culturels.
Si elles ont de plus en plus tendance à constituer un levier de développement capable de donner tout son sens à une stratégie lambda, il est nécessaire et impérieux de ne pas se tromper dans les choix à faire par rapport à la “chaîne de valeurs” de chacun.
Des expériences et les solutions fleurissent en permanence mais on peut constater que les expérimentateurs ou les éditeurs de solutions ont dans leur majorité le réflexe de s’intéresser d’abord à l’offre (la maîtrise d’ouvrage) et à opposer la dynamique de l’offre et de la demande.
Si une stratégie priorisant la demande est un non-sens d’un point de vue de politique culturelle, la diffusion massive des technologies et de leurs artéfacts a néanmoins considérablement modifié la donne.
A ce titre, le marketing découlant directement des stratégies des industriels des technologies crée magistralement les conditions d’exploitation de l’illusion d’une personnalisation de l’environnement du consommateur.
Les attentes de ce dernier sont aujourd’hui très élevées et beaucoup pensent que le téléphone portable de type “smart phone” sera le support principal de cette personnalisation de l’environnement. D’autres, issus des industries créatives voient dans l’interopérabilité des outils, des interfaces et des systèmes un Eldorado de services personnalisés pour lesquels de nombreux “gisements” demeurent encore inexploités. D’autres encore, issus des réseaux, cherchent à stimuler les investissements dans les infrastructures en négligeant la notion de territoire(s) numérique(s).
Les maîtres d’ouvrages sont les acteurs majeurs du patrimoine matériel tout comme le patrimoine immatériel. Ils savent combler les manques de leur offre (sites Internet plus complets, scénographies toujours plus adaptées, promotion et communication plus rayonnantes, politiques des publics proactives, numérisation-gestion-valirosation des collections, coopération territoriale plus en synergie, etc.). Ils sont eux aussi (et doivent le rester) porteurs de la démarche et de l’accompagnement du changement.
Ce ne sont pas les technologies, aussi innovantes soient-elles, qui doivent dicter ces changements mais la compréhension, l’analyse et le suivi des pratiques et des usages touristiques, culturels et sociétaux (y compris technologiques) intégrés dans une poiitique de tourisme, de culture et/ou de tourisme culturel.
A ce titre, je me réjouis de la dimension “ressource” et participative de tourismeculturel.net.
À l’heure de la société de la connaissance, les maîtres d’ouvrages ont les cartes en main.
Et qu’on ne s’y trompe pas : si “l’âge de l’accès” (Jeremy Rifkin) coïncide avec l’urgence de la démocratisation culturelle (après sa décentralisation partielle), cela n’est en rien dû au hasard.